L'injustice sociale touche les travailleurs/citoyens de toute origine. Nous le constatons chaque jour avec le gouvernement Michel. Mais cela n'empêche pas l'injustice sociale d'avoir une couleur. Nulle part en Europe les personnes d'origine étrangère ne sont autant défavorisées sur le marché du travail qu'en Belgique.

- 62 % à peine des citoyens ayant des racines en dehors de l'UE sont actifs sur le marché du travail. Pour l'ensemble de la population, ce chiffre atteint 73 % (chiffres du VDAB et du SPF Économie).
- Seules 57 % des entreprises belges emploient des immigrés (enquête TempoTeam 2011). Sept employeurs sur dix affirment que les immigrés ne présentent pas un engagement et une motivation suffisants.
- Le taux de chômage chez les migrants de Belgique s'élève à 20,7 %.
- Un quart de tous les Flamands trouve compréhensible qu'un employeur applique une discrimination basée sur la nationalité du travailleur. Les immigrants non européens ont sept fois moins de chance de trouver un emploi rémunéré que des autochtones (rapport d'égalité des chances UAntwerpen et UHasselt 2011).
- Un an après avoir quitté l'école, les jeunes d'origine turque et nord-africaine sont trois fois plus souvent au chômage que des Belges blancs. Cette différence se retrouve également dans la durée de chômage, le statut, le contrat et le salaire du premier emploi (étude de la VUB 2009).
- Un rapport d'EU-MIDIS (European Union Minorities and Discrimination Survey) démontre que 8 % des personnes d'origine turque ou nord-africaine interrogées en Belgique ont été confrontées à de la discrimination dans leur recherche de travail au cours des 12 derniers mois. Sur une période de plus de cinq ans, ce pourcentage grimpe à 34 %.

Le nombre de dossiers au Centre interfédéral pour l'égalité des chances (connu jusqu'en 2014 comme Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme) est chaque année comparé aux dossiers liés à l'emploi. Plus d'un tiers de l'ensemble portent sur une éventuelle discrimination raciale. La plupart des problèmes se posent à l'engagement, la sélection ou durant la relation de travail. Dans ce dernier cas, il s'agit surtout de harcèlement moral.

Dans ce Digimétal, vous découvrirez un article sur les événements survenus chez SAS Automotive, un sous-traitant de Volvo. Une entreprise où près de 60 % des travailleurs sont d'origine étrangère. Un travailleur a traité un superviseur de « sale Turc ». Comme la direction ne réagissait pas, les collègues du travailleur l'ont fait. L'équipe de nuit a débrayé, et a été suivie par l'équipe de jour. Le conflit a finalement été résolu à l'amiable.

Mais ce qu'il faut surtout souligner, c'est la réaction des travailleurs de SAS. Outre la législation fédérale et flamande, il existe au sein de la société de nombreuses CCT qui prohibent la discrimination : la CCT 95 affirme que les travailleurs doivent être traités sur un pied d'égalité durant toute la relation de travail, la CCT 38 stipule que les employeurs ne peuvent pas faire preuve de discrimination lors de la sélection et l'engagement, grâce à la CCT n°9, vous pouvez demander des informations sur l'emploi des groupes à risques au sein de votre entreprise... Mais les travailleurs de SAS ont peut-être montré la méthode la plus fructueuse à long terme. Ne pas accepter la discrimination ni le racisme, quelle qu'en soit la source. Et surtout ne pas se contenter de désapprouver mais passer à l'action. « Un traitement équitable pour tous, nous ne demandons rien de plus » déclare Abdel, notre représentant chez SAS. Et c'est en nous unissant que nous pourrons y faire face.

Herwig Jorissen
Président