Nous vivons dans un des pays les plus prospères au monde et pourtant beaucoup de ménages doivent faire des choix que normalement ils ne devraient pas faire.

Le choix entre une boîte à casse-croute bien remplie – de préférence avec des tartines au lieu de snacks peu sains ou rien du tout - et mettre de l’argent de côté pour payer une facture de gaz.
Le choix entre aller chez le médecin ou acheter un nouveau pantalon pour un des enfants.
Le choix entre faire le plein ou prendre une douche.

Pour certains, ces choix n’existent même plus. Un Flamand sur trois ne gagne pas assez pour joindre les deux bouts chaque mois. Un sur dix doit emprunter de l’argent pour payer les frais journaliers. Et la moitié des Flamands a peur de tomber dans la pauvreté.[1] Les agences de recouvrement assistent à une augmentation considérable des dossiers concernant des factures impayées, tout comme les CPAS qui notent une augmentation des demandes d’aide.

Après la pandémie du coronavirus, les travailleurs commençaient à remonter la pente. Des vacances bien méritées et un été bien chaud apportaient pour beaucoup de travailleurs le calme et le courage. Nous pouvions à nouveau recharger les batteries. Mais maintenant que les vacances sont terminées, que les écoles ont repris, que les usines tournent à plein ... la crise énergétique cause des trous dans notre portemonnaie, trous qui ne font que se creuser. Cette crise énergétique est devenue depuis longtemps une crise du pouvoir d’achat. Au cours des deux dernières années, la FGTB a mobilisé et s’est battue pour de meilleurs salaires, pour la liberté des négociations salariales, pour le pouvoir d’achat des travailleurs, des fonctionnaires et des allocataires sociaux. Les factures de gaz et d’électricité que les travailleurs doivent payer empirent la situation.

Nous savons qu’il n’y a pas de solution miracle pour la misère causée par la crise. Et je n’ai pas encore parlé de la crise du climat, de la guerre en Ukraine et des drames humains qui s’y jouent.

Nous sommes conscients qu’il n’existe donc pas UNE solution. Les mesures que les autorités ont prises entretemps – comme l’élargissement du tarif social pour l’énergie – ne suffisent pas. Le temps urge. Parler et se concerter et encore se concerter et dire « on s’en occupe » ne sont plus acceptées. Les factures doivent être payées maintenant ! Les travailleurs doivent être aidés maintenant ! Les ménages doivent faire leurs courses maintenant. Maintenant et pas dans quelques mois ou à la fin de l’année.

La semaine dernière nous avons eu l’occasion de présenter les propositions syndicales au sommet du gouvernement. Eh oui, ils nous ont écouté. Eh oui, certaines de nos propositions ont entretemps été réalisés complètement ou partiellement, mais certainement pas toutes. Nous ne prétendons nullement que nous détenons la vérité, mais nous savons ce qui vit dans les bureaux et les ateliers. Nos militants nous informent de tout. Ce sont eux qui connaissent plus que quiconque les problèmes de leurs collègues. Et inutile de dire qu’ils rencontrent des situations criantes.

Nous attendons de tous les partis gouvernementaux et aussi de l’opposition qu’ils fassent leur devoir. C’est-à-dire veiller au bien-être de la population. Veiller à ce qu’après la crise, nous soyons toujours le pays prospère que d’autres nous envient tellement. Avec une structure sociale forte basée sur la concertation, avec le respect pour les droits de l’homme et une sécurité sociale forte qui ne laisse personne au bord de la route. Que l’Europe joue un rôle important est l’évidence même. C’est le moment où l’Europe peut démontrer qu’elle est une Europe sociale. Mais aussi attendre que l’Europe agisse revient à manquer à ses obligations.

Nous attendons des employeurs qu’ils donnent une nouvelle chance à la concertation sociale. Qu’ils cessent de jouer les empêcheurs de tourner en rond quand il s’agit de l’adaptation des allocations sociales au bien-être. Et qu’ils nous rejoignent dans le combat pour un meilleur salaire.

Voilà nos préoccupations. Nous sommes passés au mode ‘Action’ parce que c’est notre devoir. La résistance sociale et l’action syndicale sont nécessaires. Il faut que ça change. Nous allons vers un changement du système qui accorde la priorité au social. Qui met le focus sur le bien-être des travailleurs et des ménages. Nous assistons à la faillite du libre marché. Le reconnaître et en tirer les enseignements nécessaires serait une chose utile pour nos décideurs.

Ensemble plus forts !


Miranda Ulens
Secrétaire générale FGTB



[1] De Grote Geld enquête HLN et Journal VTM – septembre 2022