Le point de vue...

Le point de vue de notre organisation, exprimé dans les paroles de notre Président.

 

En entretien avec ... Président Herwig Jorissen.

L’Organisation internationale du travail a toujours préconisé l’importance de la protection sociale, une concertation sociale forte et une croissance soutenue par la demande. Récemment, l’OIT a publié un rapport soulignant la relation entre l’inégalité (croissante) et l’érosion de la classe moyenne. L’OIT y congratule la Belgique parce qu’un secteur public fort et une concertation sociale solide (accompagnée de sa protection sociale) nous ont préservés d’une augmentation de l’inégalité et d’une déstabilisation de la classe moyenne.

Pour autant, ce rapport n’a guère reçu d’écho – ce qui était quelque peu prévisible – dans les milieux politiques et médiatiques. Car, finalement, un rapport, ce sont des chiffres accompagnés de quelques explications. Et ce ne sont pas tant les chiffres qui importent que les explications. Et lorsque les explications ne confirment pas ce que l’on préconise, qui s’en soucie ?!

Au même moment pratiquement, le ministre de l’Emploi Kris Peeters présentait ses propositions concernant le travail faisable. Certes, nous n’attendions pas que fût-ce le visage social du gouvernement présente un cahier de revendications. Les propositions provocantes de Kris Peeters dépassent toutefois l’entendement. Le travail faisable ne vise plus à rendre les carrières (allongées) des travailleurs supportables, mais bien à rendre supportables les préoccupations des employeurs. Ce qui donne donc lieu à une longue liste de points allant des horaires flexibles au traitement plus souple des heures supplémentaires en passant par l’évaluation (lire la réduction) de toutes sortes de congés, l’extension du travail intérimaire, etc...

Il y a même un petit plus, à savoir les contrats à l’appel. Aujourd’hui, le travailleur à temps partiel doit être informé de son horaire cinq jours à l’avance. Le ministre de l’Emploi trouve que c’est fort long et il veut réduire dès lors ce délai à un jour. Voilà ce que l’on appelle des règles de travail sur mesure. Mais sur mesure de qui ? « Il est sans doute facile pour un ministre de trouver au dernier moment quelqu’un qui voudra bien aller chercher vos enfants à l’école le lendemain » a répliqué à juste titre, Meryame Kitir (sp.a) estimant que « pour le travailleur moyen, ce n’est absolument pas évident ».

Il s’agit d’une attaque contre la vie privée de tous les travailleurs. Cependant, à la veille de l’Equal Pay Day, il est clair que les femmes seront une fois de plus le groupe de travailleurs le plus durement touchés par cette mesure. Car ce sont elles - encore et toujours - qui doivent veiller à pouvoir combiner vie professionnelle et vie privée. C’est au demeurant la raison pour laquelle elles sont nombreuses à opter pour le travail à temps partiel au détriment de leur carrière.

Ces mesures ne permettent dès lors pas un travail faisable, mais bien un travail souple à la demande de la FEB. Avec précisément comme résultat une moindre protection sociale. Mais qui s’en offusquera, hormis l’Organisation internationale du travail ? Et, de surcroît, ces mesures entraîneront justement un travail moins faisable. Car les contrats à l’appel ou autres entraînent une plus grande précarisation du travail, n’en rendant l’insécurité que d’autant plus grande. Or précisément, cette insécurité en matière de travail ou d’emploi (c’est-à-dire avoir du travail, sans être certain de pouvoir garder son job) est la cause la plus importante de stress lié au travail en Europe et en Belgique. C’est ce que fait apparaître uniquement un rapport ou une recherche de l’Agence européenne de sécurité et de santé au travail, une commission officielle de l’Union européenne, mais qui s’en préoccupe ?!

Bien sûr, cet ensemble de mesures n’est pas à prendre ou à laisser. Le Groupe des 10 pourra se prononcer à ce sujet. Tout cela doit cependant aller vite. Tout doit être ficelé pour l’été car les mesures doivent être intégrées dans les négociations interprofessionnelles et collectives de l’automne.

Soyons dès lors très clairs dès le départ. En particulier à l’égard des organisations patronales des secteurs du métal. Cet ensemble de mesures n’est pas une base de négociation d’une convention collective de travail. En exécution de la CCT 2015-206, nous transformons pas à pas nos fonds de formation en fonds de carrière. A travers les fonds de sécurité d’existence, nous élaborons des primes pour les travailleurs optant pour une fonction alternative avec perte de salaire lorsqu’ils passent d’un travail de nuit ou en équipe à un régime de jour ou lorsqu’ils optent pour une fonction à 4/5èmes. Un groupe de travail paritaire en CP 111 va élaborer pour juin 2016 un modèle sectoriel en matière de travail faisable. Un modèle soutenu par les travailleurs et les employeurs. C’est ainsi que nous procédons dans le métal et que nous continuerons d’y opérer. Une concertation sociale valable débouchant sur un travail plus faisable et sur plus de protection sociale. Soit donc un peu comme l’Organisation internationale du travail le recommande.

Herwig Jorissen
Président