En entretien avec ... Président Herwig Jorissen.

Ces dernières années, c'était un peu comme si nous criions dans le désert lorsque nous répétions que l'industrie manufacturière était essentielle au maintien de notre prospérité mais aussi que l'industrie manufacturière avait bel et bien un avenir dans notre pays. Aujourd'hui, heureusement, c'est moins le cas.

Suite à la problématique du dumping d'acier chinois bon marché sur le marché européen, Jonathan Holslag a encore souligné que cela aurait été mieux si nous étions passés plus tôt à une « économie qualitative; nous serions alors déjà en train de développer une toute nouvelle industrie manufacturière plus durable, plus créative et plus prometteuse ». Cela ne s'est pas produit, mais cela ne veut pas dire que cela ne se produira pas. Il ne faut toutefois plus tarder.

« Factories of the future » est une initiative qui souhaite redonner une perspective aux industries manufacturières innovantes. L'une des entreprises d'avenir nouvellement élues est une entreprise de notre secteur : Punch Powertrain. Une entreprise qui a, depuis Saint-Trond, réussi à fabriquer des pièces pour des boîtes de vitesse automatiques destinées au marché chinois, et à les transporter pièce après pièce jusqu'en Chine : le « Made in Saint-Trond » - « Assembled in China » est donc aussi possible.

La direction de Punch a réussi à voir au-delà des salaires trop élevés et a voulu investir dans nos atouts : la formation des travailleurs, l'expérience, la productivité, la volonté d'arriver. La structure en équipes d'antan a été mise au rebut et on est passé aux équipes autogérées, où chaque équipe peut améliorer les produits et le processus de production, tester des innovations et ainsi de suite.

Résultat : il y a cinq ans, on avait pour 5 euros de « chutes » par boîte de vitesse, aujourd'hui, les chutes se réduisent à 1 euro. En 2011, en fin de chaîne de production, 90 % des produits finis étaient complets et bien trouvés, aujourd'hui, il s'agit de 95 % des produits. Mieux encore, le succès économique s'est également traduit par des emplois supplémentaires. En 2012, la société employait 500 travailleurs. Aujourd'hui, ils sont 700 et en 2020, ils devraient être 1200. Une industrie manufacturière qui crée des emplois : une situation win-win pour tous.

Lors d'une journée d'étude de Flanders Synergy, il est toutefois apparu que cet exercice n'était pas évident : ni pour les employeurs, ni pour les travailleurs. Une nouvelle organisation du travail engendre aussi de l'anxiété et même les syndicats se sentent parfois menacés par les équipes autogérées. Ils craignent que seul le rôle collectif subsiste et qu'au niveau individuel, tout se passe directement entre la direction et les équipes. Pourtant, l'expérience de Volvo nous apprend que le travail d'équipe représente non pas moins mais plus de travail pour le syndicat. Tout dépend de la façon dont le rôle du syndicat est rempli au sein de l'entreprise. Pour toutes ces raisons, il est important d'impliquer le syndicat dès le début de ce type de processus.

En Belgique, l'industrie manufacturière représente encore toujours plus de 300.000 postes de travail. Le gouvernement flamand définit les fers de lance de sa politique économique et l'industrie manufacturière n'en fait toujours pas partie. C'est un choix mais celui-ci pourrait se révéler désastreux. Mark De Wind, PDG de Punch Power, a déclaré que farfouiller dans les marges ne suffira pas à sauver l'industrie en Flandre. Espérons que nos décideurs ont entendu le message. Car la bonne nouvelle est que cela reste possible. Si on le veut. Car l'usine du futur doit être construite aujourd'hui et si l'on souhaite des bases solides, il faut que le syndicat soit impliqué dans le processus.

Herwig Jorissen
Président