En entretien avec... Elias Vlerick

Je me lève pour que les travailleurs soient entendus sur le terrain

Levez-vous avec Elias Vlerick et les autres gilets rouges

En 2016, plusieurs fournisseurs de Volvo Cars dans la zone du canal de Gand ont reçu de mauvaises nouvelles : Volvo Cars allait mettre fin aux contrats conclus avec eux. Comme ils travaillaient presque exclusivement pour Volvo, cette nouvelle signifiait plus que probablement des fermetures d’entreprises et des pertes d’emplois.


Depuis lors, certaines de ces entreprises ont fermé leurs portes. Des centaines de personnes ont perdu leur emploi. Volvo Cars allait reprendre une partie du travail, tandis qu'une grande partie serait effectuée par des fournisseurs de... Chine. Il s’agissait en d’autres termes d'une délocalisation en douce. Aujourd'hui, nous observons le même phénomène chez Punch Powertrain, un fabricant de transmissions à variation pour voitures, situé à Saint-Trond. Grâce à un repreneur chinois, l'entreprise a pu temporairement bénéficier des exportations réalisées vers la Chine. Entre-temps, les travailleurs ont appris qu'en raison de la baisse des ventes en Chine, une partie de la production et du développement serait effectuée en... Chine. Au moins 300 ouvriers ont perdu leur emploi. (https://m.hbvl.be/cnt/dmf20190925_04626781/120-extra-banen-weg-bij-punch-powertrain). La délocalisation n’est pas un phénomène nouveau. La délocalisation de la production vers l'Europe de l'Est, après la chute du Mur et l'introduction de l'euro, a fait plus de mal que de bien aux ouvriers du secteur de l’automobile que nous sommes. La vigilance à l'égard de la délocalisation de la production est donc plus que jamais de mise. Mais comment faire ?

 
Les magasiniers.ières tirent la sonnette d’alarme

Il est frappant de constater que toute la production n’est pas délocalisée en Chine. Alors qu'auparavant, la production se faisait en un seul endroit, elle est maintenant répartie dans le monde entier (on parle parfois de la mondialisation 2.0 et de la « nouvelle route de la soie » vers la Chine). Cela signifie également que la logistique et le transport gagnent en importance. Organiser tout ça n’est pas une sinécure. Il ne s’agit plus seulement d’être rapide sur la balle. La communication entre les fournisseurs chinois et l’usine gantoise est difficile. Les magasiniers.ières sont les premiers à en subir les conséquences : pièces mal empilées, mauvais conditionnement, etc. Ajoutez à cela l’augmentation de la charge de travail dans l'usine proprement dite. Les temps « morts » doivent disparaitre et l'objectif est de réduire autant que possible les stocks le long de la ligne, ce qui signifie qu’il faut circuler plus dans tous les sens avec les pièces. Ceci requiert une sérieuse organisation et cela tourne parfois mal. Il n’est donc pas étonnant que des magasiniers.ières aient récemment tiré symboliquement la sonnette d’alarme pour exiger une concertation sur le désordre auquel ils sont confrontés. Avec succès. Les syndicats ont immédiatement pris les revendications à cœur et des mesures ont été prises. L’avenir nous dira si elles sont suffisantes. Il est toujours plus facile de déplacer les problèmes que de les régler.
 

Vigilance extrême

Cela fait déjà plusieurs années que nous portons nos gilets rouges à l’usine et voilà déjà longtemps que nous avons tiré la sonnette d’alarme. Toutefois, quiconque signale un problème n’est pas entendu pour autant. Nombreux sont ceux qui n’ont toujours pas digéré que neuf collègues de Volvo ont dès lors perdu leur emploi et des dizaines de collègues de Volvo ont encouru une sanction. Les magasiniers/-ières ont clairement fait apparaître une chose, à savoir que les arrêts ne sont pas le résultat de grèves des travailleurs sur le terrain. Il y a trop de travail « maniable » et pas assez de travail « faisable ». Éliminer des emplois indispensables, couper les moments importants mais qualifiés de « temps mort », voilà qui produit dès lors un travail maniable, mais pas un travail faisable. Privilégier le travail faisable, c’est d’abord écouter les travailleurs du terrain. Tout comme la politique ne peut être menée sans l'aide du peuple, une entreprise meurt elle aussi si elle ne tient pas compte du terrain. Je me lève avec les gilets rouges, dans la rue et sur le terrain.



Elias Vlerick
Délégué Volvo Cars