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“Durabilité et emploi vont de pair.”


L’entreprise métallurgique campinoise VDL KTI a longtemps fabriqué exclusivement des installations industrielles pour le secteur du gaz et du pétrole. Cependant, depuis quelques années, l’entreprise joue de plus en plus la carte écologique. C’est ainsi qu’elle produit aujourd’hui des installations d’épuration (les fameux scrubbers ou absorbeurs/neutralisateurs) qui permettent d’épurer les gaz émis par les grands navires. Ces épurateurs connaissent un grand succès car depuis le 1er janvier 2020, des normes d’émission plus sévères sont d’application à la navigation maritime dans le monde.

De ce fait, VDL KTI, qui fait partie du groupe hollandais VDL, est un bel exemple d’une entreprise métallurgique qui s’est convertie (en partie) en la production d’initiatives industrielles plus durables. Au lieu de continuer à se focaliser unilatéralement sur le secteur des combustibles fossiles, l’entreprise contribue aujourd’hui à rendre les navires moins polluants. Nous nous entretenons avec Hans Vaneerdewegh (secrétaire de la FGTB Métal en Campine) et Jacques Kerkhof (Secrétaire fédéral UBT responsable des secteurs maritimes).

Epurateurs et hydrogène

Hans est satisfait de l’orientation prise par VDL KTI : ‘Il est extrêmement important que nos entreprises métallurgiques optent pour plus de durabilité. Celles qui ne le font pas auront à terme de plus en plus de difficultés à survivre. Ce n’est pas un hasard si VDL KTI fabrique aujourd’hui des épurateurs car au cours des dernières années la demande émanant du secteur du pétrole et de la pétrochimie a chuté. Il fallait donc bien développer de nouvelles activités. Que l’entreprise contribue maintenant à une navigation moins polluante répond parfaitement aux défis climatiques et environnementaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Ce type d’activités gagnera encore en importante au cours des années qui viennent.’

Les épurateurs produits par VDL KTI contribuent donc concrètement à la diminution des émissions de soufre dans l’air. Le soufre est filtré et, mélangé à l’eau, coule vers la mer où il se dégrade de manière naturelle. La conséquence est une diminution de la pollution de l’air. D’après Jacques, ces techniques sont certes intéressantes, mais il nuance quand même : ‘Ces épurateurs doivent être vus plutôt comme une solution intermédiaire. Les moteurs des navires sont produits pour durer longtemps. On ne peut donc les remplacer rapidement, cela coûterait extrêmement cher. L’épurateur est installé dans la cheminée du navire et filtre ainsi les émissions. De nombreux armements misent aujourd’hui sur cela. Il s’agit d’une solution intermédiaire et payable en attendant le vrai verdissement de la navigation.’

Jacques a aussi une opinion très claire sur l’aspect que doit prendre le verdissement de la navigation : ‘Nos grands armements belges, pensons à Alert, Exmar, Euronav et CMB, misent déjà aujourd’hui sur la durabilité. CMB est vraiment le leader. CMB a développé ‘Hydroville’, le premier bateau de passagers à l’hydrogène. Selon moi, l’hydrogène est l’avenir car il ne libère pas de CO2, ni des poussières fines ni d’oxyde de soufre. Il y a d’ailleurs un autre lien avec le secteur de la métallurgie car l’armement CMB collabore avec le constructeur de moteurs ABC dans le but de développer de nouveaux types de moteurs plus écologiques et dans certains cas neutres pour le climat. Sur ce plan, les armements belges font partie du top mondial.’

 

Emploi et ancrage local

La durabilité est une priorité, tant pour l’UBT que pour la FGTB Métal. Mais il y a d’autres choses qui comptent. Pensons par exemple à l’emploi ou à l’ancrage local de notre industrie. Comme le remarque Hans : ‘Nous savons que VDL mise sur l’ancrage local de l’industrie manufacturière, aussi bien en Belgique qu’aux Pays-Bas. C’est extrêmement important. On mise fortement sur l’innovation et de cette manière, le groupe VDL peut développer des activités industrielles qui peuvent soutenir la concurrence avec le reste du monde et préserver l’emploi. C’est une vision avec laquelle je suis entièrement d’accord.’

Pour l’UBT aussi, ces choses sont essentielles, souligne Jacques : ‘En tant que Belgique, nous devons être le leader dans la production de nouveaux moteurs et de nouveaux types de navires. De cette manière, nous pouvons corriger un peu le marché et assurer l’ancrage local. Pour nous, l’emploi sera toujours prioritaire.’ Un des instruments pour atteindre cet objectif est de miser sur la formation des travailleurs. Pour reprendre les paroles de Jacques : ‘La navigation connaît, elle aussi, de plus en plus d’initiatives d’automatisation et de digitalisation. Nos travailleurs doivent posséder les compétences nécessaires pour utiliser les nouvelles technologies innovantes et durables. Ainsi, ils devront être capables de travailler sur des navires qui naviguent à l’hydrogène. En tant que syndicat, nous veillons à ce que les efforts nécessaires soient entrepris. Ce n’est que de cette manière que nous pourrons éviter que des travailleurs restent au bord du chemin.’

Hans confirme : ‘En ce qui concerne la transition, le travailleur doit occuper une place centrale. Recyclage, apprentissage tout au long de la vie, … sont des instruments importants à cet égard. Le cas de VDL KTI montre en tout cas que l’emploi et la durabilité vont de pair. En Campine, il y a d’ailleurs encore d’autres cas intéressants. Avec Umicore, Aurubis etc. on a ici un cluster important d’entreprises qui misent activement sur le raffinage et le recyclage de matériaux et de matières premières qui sont ensuite réutilisés dans des smartphones ou des véhicules électriques. Là encore, emploi et durabilité vont bien de pair.’